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Réseau apprenant territorial (Accès: Lecture : Public)

le 8 Novembre 2012 par François Duport   Commentaires (0)

Et si les formateurs, comme les professionnels de l’éducation, étaient eux aussi en demande d’acquérir les compétences numériques nécessaires à leurs métiers ? Et si cette communauté élargie pouvait construire un humanisme numérique et l’intégrer au quotidien dans des usages pédagogiques innovants ? Et si c’était la clé pour réduire la fracture des mésusages ? Le réseau FormaVia en Région Rhône-Alpes explore depuis quelques années des pistes d’avenir. Voici l’une d’entre elles.

FormaVia[1] est un réseau regroupant des acteurs de la formation continue et de la médiation numérique. L’objectif de ce programme financé par la région Rhône-Alpes est de professionnaliser ses acteurs au numérique pour qu’in fine, ces compétences soient diffusées auprès des stagiaires de la formation continue. Les membres s’organisent en communautés de pratiques pour partager leurs expériences et monter des projets. FormaVia fonctionne comme un laboratoire d’expérimentations et d’échanges autour de la question de l’intégration progressive des TIC dans le monde de la formation continue.

 

Transparence, participation, coopération

Trois piliers fondent l’organisation du réseau : transparence, participation et coopération.

  • Transparence : la production du réseau est en accès libre. Ils sont publiés sous licence Creative Commons[2], formant un bien commun.
  • Participation : les membres du réseau ont à disposition des outils (blog, wiki, etc.) pour publier et construire leur identité numérique publique, individuel et collective.
  • Coopération : ces outils servent également à collaborer et à travailler en réseau, prolongement des rencontres physiques. Ces espaces sont le reflet d’une construction commune.

Ces règles sont d’autant plus nécessaires que les acteurs du réseau sont dans des logiques de coopétition. En concurrence sur leurs marchés, les organismes peuvent coopérer sur le numérique qui impacte la pédagogie et l’organisation des structures. C’est aussi ce que  propose le mouvement OpenGov[3] comme le montre le schéma ci-dessous.

 

Sur le terrain, les formateurs sont en situation d’exclusion numérique. Selon différents témoignages, 60% des professionnels ont à peine un niveau de type B2I (brevet informatique et internet du niveau collège). La technologie est abordée avec le prisme de la FOAD (Formation Ouverte et à distance), mettant le numérique à distance de la salle de formation. Rares sont les formateurs qui utilisent le numérique comme un outil pédagogique, et encore moins le web 2.0. Bref, l’inégalité d’usages et de pratiques se joue aussi chez les professionnels en charge de l’encadrement de projets.  Comme le montre ce schéma, déclinaison du premier, c’est un changement de paradigme qui s’opère :

 

 

Culture numérique pour tous en Rhône-Alpes

En 2010, les membres du réseau lance la communauté « culture numérique pour tous en Rhône-Alpes ». Le terme culture indique que le numérique ne se limite pas à une compétence technique et procédurale, mais procède plus d’un nouvel humanisme numérique[4].

Après plus d'un an de travail, 15 « pionniers » du réseau ont contextualité le C2i2E (certificat informatique et internet de niveau 2 "enseignant") pour l'appliquer à la formation continue. Cette certification, délivrée par les universités habilitées, est obtenue sur la base d’un dossier de preuves démontrant des pratiques du numérique dans un contexte pédagogique.

En novembre 2011, un partenariat est monté avec la MINES (Mission numérique pour l'enseignement supérieur) et la Région Rhône-Alpes pour lancer une expérimentation. L’université de Lyon 1 (UCBL) encadre le dispositif pédagogique, évalue en vue de la certification. L’équipe d’animation du réseau Formavia facilite les échanges, organise les rencontres, pousse les participants à produire des contenus réutilisables. FormaVia est ainsi l’espace d’échanges et de valorisation des productions des participants de l’expérimentation.

Les 15 « pionniers »  du réseau ont dans un premier temps passé le C2I2E via la formalisation d’un dossier de preuve. Ils passeront devant le jury de l’Université Lyon 1 en juillet 2012 pour l’obtention de leur diplôme. Dans un second temps, plusieurs d’entre eux sont intervenus en tant que tuteurs, pour former au C2I2E une deuxième génération de formateurs. Vingt-six personnes participent à cette deuxième phase de l’expérimentation depuis janvier 2012. Ainsi la communauté apprenante s’élargit.

Pour FormaVia, le modèle pédagogique sous-jacent est celui du social learning[5] et du connectivisme[6] de Georges Siemens et Stephen Downes.

 

 

Par nature, le numérique est transverse. Il implique de nouvelles postures : apprendre de pair à pair et collaborer, démarches réflexives, représentation de soi dans les réseaux, bénéfices et risques des réseaux, etc.

Pour exemple, nous organisons des micro-conférences animées par les participants[7]. Chaque vendredi, une petite vidéo ouvre le sujet en 8 minutes. Cela donne lieu à une conversation téléphonique et à un compte rendu en temps réels avec un traitement de texte en ligne (Framapad). Ces conversations sont consultées par plusieurs centaines d’internautes. Ces micro-conférences sont reprises sur Facebook, Twitter et des sites institutionnels.  Elles valorisent la communauté apprenante en rendant visible leurs productions. C’est aussi une façon d’apprendre à gérer positivement les traces de son identité numérique professionnelles.

Appréhender une nouvelle culture nécessite du temps. Et ce temps d’apprentissage est extrêmement variable d’un individu à un autre. Ce n’est pas une formation, mais un espace d’incubation et d’exploration d’une culture en émergence sans être ni zélateur ni pourfendeur de la technologie. Mais un honnête homme en lien avec son époque. 

 

Le point de bascule

La communauté éducative (éducation nationale, formation supérieure, formation continue, éducation populaire, acteurs de l’orientation, travailleurs sociaux, etc.) se trouve exclue, elle aussi, de la culture numérique.

Le Rapport de Jean-Michel Fourgous[8], député des Yvelines, « Apprendreautrement » àlèrenumérique, seformer, collaborer, innover : unnouveaumodèleéducatifpouruneégalitédeschances est éclairant à plus d’un titre. Seuls 7% des enseignants possèdent aujourd’hui le C2i2e et seuls 37% des formateurs d’enseignants se disent à l’aise avec les TIC (contre 94% aux Pays-Bas). Or, tant que l’encadrement ne pourra avoir un avis éclairé sur la question, on peut difficilement envisager un enseignement éclairé.

Il n’est concevable de sensibiliser, former, rendre autonome autant de personnes avec des méthodes et des organisations traditionnelles. Cela représente des dizaines de milliers de professionnels. Une approche sectorielle serait vouée à l’échec parce que se limitant à une approche technique de l’entre soi. Or, le numérique est transverse, basé sur une hybridation d’usage et une nouvelle forme d’organisation sociale.

Dans une entrevue accordée, l’auteur Malcolm Gladwell dans son livre Le point de bascule[9] explique ce qu'il entend par « tipping point ». [...] certains phénomènes de société, ayant tout à coup comme atteint leur masse critique, se développent de façon aussi foudroyante qu'un virus. Le Tipping Point décrit ce moment précis où les choses basculent. L’objectif de la démarche est d’atteindre ce point de bascule.

Le principe est de fédérer les communautés innovantes en matière de pédagogie et de les aider à échanger, puis d’agrandir ce noyau dur auprès des personnes désirant compléter leurs connaissances du numérique. Les supports pédagogiques, les articles des membres sont publics, sous licence creative commons, et valorisent la communauté.

Faisons une analogie avec l’école mutuelle[10], créée en France au tout début du XIXe siècle pour donner une réponse de masse rapide à la scolarisation des enfants pauvres. Voici un extrait de l’explication de wikipédia : Dans l’école mutuelle, l'organisation est totalement différente des méthodes d'enseignement simultané qui prévalaient alors : un seul maître est nécessaire pour faire fonctionner une école jusqu'aux limites d'ordre architectural concernant la capacité d'accueil du bâtiment (jusqu'à plus de 800 élèves).

Cet apprentissage en réseau et de pairs à pairs permet de construire des grands groupes en réseau. Couplé avec la géolocalisation, on peut constituer des petits groupes de proximité. Ainsi, on pense global et on agit localement. Les ressources pédagogiques, produites par les participants ou provenant du web, sont des biens communs. L’ensemble permet de construire un réseau apprenant territorial où les profils, les documents, les compétences et centres d’intérêts sont reliés entre eux. L’investissement initial est principalement un coût d’infrastructure, et d’animation du réseau.    

La logique de la démarche s’adapte à d’autres secteurs d’activité. On pourrait, de la même manière, enclencher une démarche globale de compétences numériques professionnelles auprès des acteurs  en charge des politiques de la ville en créant un réseau d’échanges de savoirs.

François Duport

 

 

[1] Réseau FormaVia : www.formavia.fr

[2] La licence utilisée sur FormaVia est CC-BY,

  • Attribution: Toutes les licences Creative Commons obligent ceux qui utilisent vos oeuvres à vous créditer de la manière dont vous le demandez.
  • Partage à l’identique : Vous autorisez les autres à reproduire, diffuser et modifier votre œuvre, à condition qu’ils publient toute adaptation de votre œuvre sous les mêmes conditions que votre oeuvre. Toute personne qui souhaiterait publier une adaptation sous d’autres conditions doit obtenir votre autorisation préalable.

[3] OpenGov : lancé par l’administration de Barak Obama, cette « initiative » vise à créer un niveau sans précédent de transparence et d'ouverture du gouvernement. Elle se situe dans une tendance émergente qui est celle de l'Open source governance, pour permettre à tout citoyen intéressé de contribuer à créer les contenus de la Politique, et pour permettre aux gouvernements de mieux bénéficier des savoirs et savoir-faire locaux.

[4] Pour un humanisme numérique - Milad Doueihi - Editeur : Seuil (10 février 2011)

[5] Social learning : livre blanc http://www.entreprisecollaborative.com/index.php/fr/articles/129-livre-blanc-introduction-au-social-learning

[6] definition du connectivisme sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Connectivisme&oldid=49711309#Principes_de_Connectivisme

[7]  exemples de sujets abordés La carte heuristique ou carte mentale, Les grands principes de la veille pédagogique, La veille d'un animateur EPN, Creative Commons : l'auteur reprend ses droits, La curation : principes et outils, Ecrire pour le web, etc. http://c2i2e.formavia.fr/pg/pages/view/54149/

[8] rapport Fourgous : http://www.missionfourgous-tice.fr/missionfourgous2/

 [9] Le Point de bascule : Comment faire une grande différence avec de très petites choses -  Malcolm Gladwell , Daniel Charron Transcontinental (30 octobre 2003)

[10] L'école mutuelle : Une pédagogie trop efficace ? de Anne Querrien et Isabelle Stengers - Editeur : Empêcheurs de Penser en Rond (9 septembre 2005)