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La FOAD est morte, vive la formation (Accès: Lecture : Public)

le 30 Décembre 2010 par François Duport   Commentaires (6)

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L’acronyme FOAD (formation ouverte et/ou à distance)  recouvre des définitions et des réalités très différentes. Il y a certes le consensus du collectif de Chasseneuil (FOAD – L’accompagnement pédagogique et organisationnel, 2001) ; mais aussi la circulaire de 2006 de la DGEFP (Délégation Générale à l'Emploi et à la Formation Professionnelle) qui définit la FOAD ainsi : « Une formation ouverte et/ou à distance, est un dispositif souple de formation organisé en fonction de besoins individuels ou collectifs (individus, entreprises, territoires). Elle comporte des apprentissages individualisés et l’accès à des ressources et compétences locales ou à distance. Elle n’est pas exécutée nécessairement sous le contrôle permanent d’un formateur. »


clavier touche 'command'Les dispositifs donnent dans l’ensemble de bons résultats ; mais nécessitent des investissements importants de la part des organismes de formation (formation des formateurs, infrastructure technique, ingénierie pédagogique, etc.). La FOAD ne se généralise pas. Cela représente en moyenne entre 5 et 10 % du CA d’un organisme de formation qui la pratique. C’était le thème de la rencontre du 29 novembre 2010 à Clermont-Ferrand : «  la FOAD ou l’usage du numérique en formation par les Régions : comment passer de l’expérimentation à la généralisation des dispositifs ? ». A lire la documentation, il semble que la FOAD englobe tout, intégrant les TIC et se présentant comme le moteur de l’innovation pédagogique (voir « La FOAD, état de l’art... et des usages ! » - n° 220 de l’actualité de la formation permanente - juillet 2010). Si la FOAD recouvre toutes formes de dispositifs, il n’est plus nécessaire d’en appeler à sa spécificité. Dès lors, la FOAD doit d’urgence se fondre dans le paysage de la formation.

D’autant que la FOAD n’est pas dénuée de critiques comme ce post de Bruno Devauchelle intitulé A distance, enseigner ou apprendre ? et qui plante le décor : « Voilà un modèle qui dure : il suffit de mettre des contenus en ligne (ou de les envoyer sous forme papier) puis d’envoyer des devoirs à rendre pour dire que l’on fait de la formation à distance ! » A force de mélanger les genres, la FOAD est devenue un mot valise.  Comme le faisait remarquer M. Jacques Naymark, Directeur de Téléformation et Savoirs à l’AFPA, membre fondateur du FFOD « l’acronyme FOAD est transitoire ».  La formation doit se concevoir comme une combinatoire avec une démarche multimodale (temps, lieu, action).

Les TIC ont bousculé cette combinatoire. La distance comme le lieu sont des notions relatives. On se synchronise en permanence les uns les autres. Ainsi de nombreuses applications peuvent être utilisées en présentiel pour fluidifier les échanges entre apprenants. C’est le cas des expériences d’utilisation de Twitter en classe. Il permet d’engager une conversation par nature mobile où la réponse à une question n’est pas obligatoirement immédiate. @davidmartel : « Twitter en classe: les élèves s'entraident, même à 21h... et peuvent aussi avoir une réponse de l'enseignant presque instantanément.» Plus proche de nous, le travail sur le référentiel de compétences a été réalisé en partie à distance et sur une amplitude horaire d’une journée. Chacun se rendait disponible une heure pour contribuer à ce chantier collectif.  Dans les deux cas, la démarche ne demandait pas de moyens financiers, ni de compétences techniques, elle nécessitait juste un scénario d’usage.

Or, que reproche-t-on à la FOAD aujourd’hui ? Elle rencontre de nombreux obstacles tels que des changements dans les pratiques des formateurs, une perturbation du modèle économique des organismes de formation, la résistance des pouvoirs publics en matière de contrôle et de paiement des prestations de formation, nécessitant une évolution du cadre réglementaire…

 

 

Pratiques des formateurs

 

Dans un organisme de formation, les pionniers de la FOAD sont avant tout une minorité active. Ils bousculent les habitudes. Mais rencontrent rapidement des freins. De nombreux formateurs ne maitrisent pas les compétences numériques de base. Il est donc difficile de sentir en autonomie d’usage. Selon le cadre de référence européen, cette compétence clé pour l’éducation et la formation tout au long de la vie « nécessite l’usage sûr et critique des technologies de la société de l’information (TSI) au travail, dans les loisirs et dans la communication... et elle passe par trois étapes essentielles : Utiliser, comprendre, créer… »


tableau blanc graffiti

En Grande-Bretagne, le TBI (Tableau Blanc Interactif) équipe 98% des établissements de l’enseignement secondaire (22 TBI en moyenne par établissement), et 100% des écoles primaires équipées (8 TBI par école). Les rapports montrent que « les compétences des enseignants sont en train de se développer par l’usage et l’exploration ». Et « les élèves ayant utilisé le TBI pendant plusieurs années ont montré des performances supérieures à l’attendu (projection basée sur leurs résultats à l’examen précédent)» Primary Schools Whiteboard Expansion Project. L’acculturation numérique a été progressive. Au regard du guide de communication éducative et de choix technologiques en formation à distance du REFAD, le chemin de la maitrise est beaucoup plus long.  Le changement technique est plus rapide que le changement social. Dès lors, faut-il donner du temps d’infusion, d’échanges et de compréhension entre acteurs avant de mettre de la distance ?

Les pratiques du numérique se développent aujourd’hui plus rapidement dans la sphère privée que dans le monde de l’entreprise. Il suffit de comparer globalement les équipements à la maison et au bureau. La culture numérique s’acquiert principalement de façon informelle et par des échanges entre utilisateurs. Les modules d’auto-apprentissage (voir pour exemple le web social de Sébastien Paquet, pédagogue canadien) sont nombreux. Les expérimentations pullulent et de nombreux professionnels font des retours d’expérience.

L’intégration des TIC dans la formation de tous les jours facilite le passage à la distance, pour devenir une modalité parmi tant d’autres. La FOAD est sans doute une marche trop haute pour la franchir d’un seul coup. Elle n’est pas que technique… Comme l’explique Philippe Meirieu "si le tuteur à distance intervient plus en remédiation et en soutien à l'apprentissage qu'en enseignement, qui lui, est incarné par les ressources médiatisées du dispositif, il n'en est pas moins un acteur pédagogique.[...]"

La FOAD met le numérique à distance. Lors de la rencontre en Auvergne, deux formatrices ont présentées une démarche de FOAD en mode synchrone en direction de public bas niveau de qualification. Pour cela cinq organismes en groupement ont répondu à l’appel d’offre de la Région Haute-Normandie et les formations étaient déployées par le biais d’une quinzaine d’EPN partenaires sélectionnés dans le cadre du programme EPN 276. Cela donne de très bons résultats, entre autre au travers d’un blog de groupes favorisant les échanges entre apprenants. Mais à la question, est-ce que vous utilisez cette méthode en présentiel ? La réponse fut non. En clair, comme l’explique Alain Taché, spécialiste du e-learning et de la formation de formateurs à distance, « cette mutation techno-sociale nécessite de développer de nouvelles compétences » qui dépasse la distance que l’on voudrait y mettre.

 

 

Modèle économique

 

Come le souligne Frédéric Haew dans son blog Technologies et formation, "un projet de  FOAD doit prendre l’augmentation significative des temps d’ingénierie et des temps de production de ressources, bien plus lourds que pour le présentiel. A cet égard, l’expérience montre qu’il est plus efficace de distinguer les deux modèles économiques, celui de la production et celui de la distribution ; dans la phase production, on est dans un modèle de type « édition » avec un retour sur investissement sur plusieurs années." Or, les organismes de formation ne sont pas des éditeurs. Il faut compter en sus des investissements technologiques, importants pour tous les acteurs concernés.

Dans la partie distribution, il faut prendre en compte l’organisation du tutorat à distance et de son impact économique : Avec quelles organisations peut-on faire du tutorat individuel à distance de qualité ? A partir de combien d’apprenants et avec quelle dose d’autoformation atteint-on le seuil d’équilibre ? Enfin cela nécessite de savoir ce qui est imputable et donc facturable. De plus la maintenance doit être prise en compte puisque les modules doivent être remis à jours périodiquement.

Pour être rentable, la FOAD doit trouver un marché de masse où la concurrence est féroce pour les formations basiques ; ou se développer sur un marché de niche où l’équilibre économique est difficile à trouver. La seule solution est de mettre en place des consortiums entre différents acteurs pour arriver rapidement à une taille critique. Cela veut dire la mise en place d’une logique multi-partenariat pour pouvoir toucher le plus grand nombre. Cela veut dire plusieurs organismes de formation et un maillage territorial avec des EPN comme relais commercial et support pédagogique de proximité.

En tout état de cause, la FOAD décrite dans les années 2000-2005 demande un tel investissement que cela pose question. Le modèle économique n’a pas encore été trouvé.  D’autant que la promotion de tels dispositifs est à améliorer. Sur le site Rhône-Alpes Orientation, le moteur de recherche propose en tout et pour tout 11 formations à distance….

 

 

Contrôle et de paiement des prestations de formation

 

Les implications des cinq conditions indiquées à l’article R. 950-4 al.1 (cf. 1.c)) sont précisées par la circulaire pour ce qui concerne les FOAD. Les points de contrôle sont principalement  axés sur l’assistance pédagogique et l’encadrement des stagiaires et centrés sur les moyens mis en oeuvre pour évaluer et valider les formations.

Pour vérifier la conformité des actions de FOAD, les agents du contrôle procèdent à une analyse des circonstances dans lesquelles les prestations de formation ont été réalisées. Il  est indispensable d’avoir mis en place un accompagnement humain, technique et pédagogique pour qu’une FOAD soit imputable.

Les feuilles d’émargement peuvent être remplies sous la forme de signature électronique. Il y a aussi la possibilité pour l’organisme de formation d’utiliser les traces de connexions des apprenants.

Globalement, la région Rhône-Alpes se conforme à ce cadre depuis les derniers appels d’offre. Pour cela, elle s’est basée sur les travaux du groupe de travail animé par le Centre Régional de Ressources Pédagogiques (C2RP) de Nord-Pas-de-Calais et du Service Régional de Contrôle de la DRTEFP, un guide intitulé « traçabilité des actions de formation ouverte et/à distance ». Dans ce contexte, les modalités d'assistance pédagogique constituent un élément central d'appréciation de la réalité de la formation et doivent être clairement définies par la convention.

Au regard de ces règles, il est clair que les dispositifs synchrones ont la faveur puisqu’ils demandent proportionnellement moins d’ingénierie pédagogique puisque c’est une formation présentielle déportée. Cela ne révolutionne en rien la formation, mais offre des avantages indéniables en matière de déplacement.

Le point bloquant de la FOAD principal  est le peu de confiance des donneurs d’ordre en de tels dispositifs. Les mentalités changent lentement. C’est ce qui ressort de la Synthèse de la consultation publique du volet « contenus et usages numériques » des investissements d’avenir : «Dans le monde de la formation continue, le problème viendrait essentiellement d’une offre quasi inexistante, ainsi que de problèmes réglementaires liés à la rémunération des formations à distance. »

 

 

Bénéfices de la FOAD

 

Pourtant à la lecture des retours d’expériences et des témoignages, la FOAD offre des bénéfices indéniables.

miroir - learning and understanding

Pour l’apprenant, c’est l’occasion de s’approprier des usages numériques. Cela crée les conditions pour acquérir plus d’autonomie. Pour les publics de bas niveau de qualification, la formation permet de mettre de la distance avec l’échec scolaire en apprenant dans un EPN. Il serait donc dommage de jeter la FOAD aux oubliettes de l’histoire.

Pour les organismes, c’est l’occasion de mettre à plat leur modèle économique et d’explorer des pistes de diversifications de leurs activités. Les organismes engagés dans cette voie ne veulent pas revenir en arrière. Mais tout cela reste au stade de l’expérimentation.

Reste les fondamentaux aux antipodes de la machine à apprendre qu’explique Philippe Meirieu : « Pour la pédagogie, il est impossible de séparer l'individuel et le social : personne ne peut apprendre absolument seul et la manière d'apprendre révèle toujours une conception de la socialité, des rapports au savoir et au pouvoir. Il n'est aucune connaissance qui puisse être acquise en dehors d'une relation sociale et cette relation peut entretenir l'assujettissement ou, au contraire, permettre l'émancipation. »

 

 

Retour vers le réel

 

Rester sur le modèle le plus couramment admis en FOAD serait périlleux parce qu’il ne prend pas en compte (ou à la marge) des usages numériques et des attentes des publics. Il y a sans doute encore à imaginer des systèmes de formation adaptés aux besoins des apprenants, demandant des investissements raisonnables et favorisant l’innovation pédagogique en tous lieux et sous toutes ses formes.

Les provocations de Michel de Koubé, directeur formation de Nissan Europe, sont des pistes qui méritent réflexions :“Le e-learning est mort…Vive le e-learning (…) : aujourd’hui, il me paraît bon dans l’information, mais n’atteint pas l’efficacité pédagogique, en dépit de coûts de création importants. Il faut que ça change.” Ses pistes ? “Il faut au moins deux choses pour que le elearning devienne un objet pédagogique efficace : il est d’abord indispensable d’avoir des outils de partage de connaissances et de bonnes pratiques, type Wikipedia, il faut également se diriger vers les jeux sérieux collaboratifs et « immersifs ». (…) L’interaction doit se faire avec le monde réel, il faut réintégrer le monde réel dans les mondes virtuels”, conclut-il.



Assises de l'Education 2010 : formation et entreprise
envoyé par Cap_Digital. - Vidéos des dernières découvertes scientifiques.

Retour vers le réel ? En tout cas, le modèle FOAD - ou e-learning - doit se régénérer pour survivre, ou se réinventer. Pour ma part, je pense qu’il est urgent de dissoudre la FOAD dans la formation et de ne plus faire le distinguo entre présence et distance et rapprocher le couple individualisation-collectif. Enfin de réintégrer l’innovation dans le champ de la formation.  Et même dans l’aménagement des espaces d’apprentissages.  De nombreuses études suggèrent que le rythme des innovations ne cesse d’augmenter. C’est vrai  et elles ne sont pas toutes  technologiques, loin de là.

A débattre bien sûr.

Pour compléter cet article, je vous invite à regarder le Dossier rencontre Auvergne "La FOAD et usage du numérique dans la formation" réalisé à l'occasion des rencontres d'Auvergne des 29 et 30 nov. 2010 (auxquelles participaient les représentants de FormaVia).

Quelques éléments complémentaires pour réagir :

Des résultats mitigés de la mise en oeuvre de dispositifs FOAD dans les Régions ?

D'après l'Etude OTEN, il y a 7 dimensions pour catégoriser l'utilisation des TIC dans la formation professionnelles et 11 principes d'action -> la FOAD fait partie d'un tout, cela ne désigne pas l'utilisation des TIC dans la formation.

Que pensez vous de :

  • "Le e-learning est mort…Vive le e-learning (…) : aujourd’hui, il me paraît bon dans l’information, mais n’atteint pas l’efficacité pédagogique, en dépit de coûts de création importants. Il faut que ça change. (...) L’interaction doit se faire avec le monde réel, il faut réintégrer le monde réel dans les mondes virtuels” directeur formation de Nissan Europe.
  • Le modèle FOAD - ou e-learning - doit se régénérer pour survivre, ou se réinventer. Il est urgent de dissoudre la FOAD dans la formation et de ne plus faire le distinguo entre présence et distance et rapprocher le couple individualisation-collectif. Enfin de réintégrer l’innovation dans le champ de la formation.

 

 

Très bonne journée et à bientôt, Olivia

Olivia Vernier le 4 Janvier 2011

Parlons innovation plutôt que technologie :http://fr.locita.com/actualite/2010-linnovation-dans-lenseignement-existe?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+le-phare-education+%28Le+Phare+-+Education%29

«Apprendre à convaincre et à animer un débat et pas seulement apprendre à respecter un formalisme académique. Apprendre à penser universel et pas seulement à respecter les normes sociales. Apprendre à apprendre de ses échecs et non pas à chercher toujours le sans faute. Apprendre à bricoler, à prototyper et à chercher l’imprévu et non pas à bachoter. Apprendre à entreprendre, au sens le plus noble du terme, et non pas à s’intégrer dans le système.» dit Henri Verdier

François Duport le 7 Janvier 2011

"J'enseigne comme j'apprends", un doc très instructif, synthtique, qui croise pas mal de notion. Tout comme les styles d’apprentissage, il n’existe pas un
style idéal d’enseignement qu’il faudrait s’efforcer de maîtriser, mais bien des styles relativement
opportuns en fonction de diverses variables individuelles et institutionnelles.

Et vous quel style pédagogique avez vous ? http://imedia.emn.fr/pg/file/AnneC/read/4203/document-de-synthse

François Duport le 7 Janvier 2011

SI LA FOAD EST MORTE, C’EST BIEN LE MANQUE D’IMAGINATION QUI L’A TUE !

 

Nous apprenons donc dans le titre de l’article, que la FOAD est morte ! Nous plongeons dans l’article pour connaître les causes de sa mort. Une overdose de pratiques peut-être ? Non. Dès le premier chapitre, nous apprenons que la FOAD ne se généralise pas. Son coût est important à cause de l’investissement que cela nécessite. Si ce constat était vrai il y a quelques années en arrière. Il l’est moins aujourd’hui. Non pas que le coût de la FOAD a été divisé par dix, mais il existe aujourd’hui des solutions alternatives en matière de LMS, de logiciels auteurs en open source, qui permettent la réalisation de modules de formation très corrects. Après, c’est la compétence pédagogique, c’est l’originalité dans la scénarisation et dans la médiatisation qui font la différence. Question d’imagination !

 

Si la FOAD ne décolle pas comme on aurait pu l’espérer, c’est par ignorance et pour cause de conservatisme. L’ignorance des décideurs, responsables d’OF ou financeurs qui au mieux ont une représentation erronée de ce dispositif, et dans le pire des cas ne savent pas du tout à quoi cela ressemble. Or pour réussir l’intégration de la FOAD dans les pratiques de formation, c’est l’ensemble de l’organigramme qui doit être mobilisé.

 

Un dispositif de FOAD implique forcément des changements à plusieurs niveaux. Sur le plan de l’ingénierie pédagogique et sur le plan organisationnel. On ne produit pas des modules pour la formation à distance comme ceux destinés à la formation en présentiel. Cela suppose un mode de scénarisation précis, une médiatisation adaptée, et une pédagogie au service d’objectifs à atteindre. Sur le plan organisationnel, un dispositif de FOAD exige une planification particulière qui doit prendre en compte le flux des apprenants. On n’est plus dans le scénario d’un formateur en face de x stagiaires, mais d’un tuteur qui accompagne des apprenants dans des situations synchrones ou asynchrones, sur des lieux différents.

 

Après la lecture de l’article, nous avons regardé la vidéo présentant l’expérience E-Learning faite chez Nissan. Nous attendions de cette vidéo un diagnostic objectif qui explique la mort de la Foad. Nous sommes restés sur notre faim. Non pas que le témoignage de cette personne soit dénué de tout intérêt, mais parce qu’il se cantonne à une seule expérience, dans un scénario du tout distanciel. Or il existe au moins un autre modèle de FOAD. Le modèle hybride, qui mixe le temps de présentiel et le temps à distance, avec un système de tutorat adapté au public et une méthode pédagogique qui repose sur un paradigme permettant des apprentissages individuels et collectifs. Si le modèle E-Learning appliqué à Nissan est mort, cela ne signifie pas pour autant la mort de la FOAD de manière générale. Que la FOAD soit amenée à évoluer et à changer, c’est une évidence, car ce constat s’applique également à la formation en présentiel.

 

En bref, la FOAD n’est pas un dispositif miracle. C’est une modalité de formation qui a sa place dans un ensemble plus large. Elle peut être pertinente et efficace pour certains profils d’apprenants.

Je terminerai par quelques questions, pourquoi la FOAD fonctionne mieux dans d’autres pays comme le Canada ou en Finlande* ? Pour des raisons liées au climat ? Pour des raisons liées à la configuration géographique ? Ou alors pour une question de culture ?

 

Sur la forme, l’objectif de l’article « la FOAD est morte » nous échappe !

Nos organismes de formation, participent très activement au réseau FORMAVIA, notamment dans la communauté ODIDE. Nous travaillons sur  la promotion de la FOAD et ce depuis plus de trois ans. Même si les retombées directes ne sont que très peu visibles, nos travaux ont sensibilisés nos collaborateurs et nous ont permis de mettre au jour des projets intégrant des parcours de FOAD dans nos offres de formation. La dynamique est lancée. C'est dans ce contexte qu'un éminent acteur du réseau annonce la mort de la FOAD dans une rhétorique qui laisse à penser que son auteur ne connait pas les pratiques de nos OF en la matière. Bref, il dénigre ce qui est l'essence même de l'existence d'ODIDE, sans jamais avoir pris la mesure de ce qui se passait au sein des organismes, membres de FORMAVIA. Il a préféré relayer les propos d'un responsable d'une grande entreprise dont les pratiques semblent bien éloignée des nôtres. Une telle communication à contre courant ne peut que réactiver la frilosité de nos OF à intégrer de la FOAD dans ses parcours de formation. Ce revirement de position pourrait même remettre en question notre participation à cette communauté de pratique. La FOAD n'est pas une modalité supplémentaire dans l'air du temps, mais une possibilité offerte aux usagers d'accéder à la formation, puisqu'elle prend en compte les contraintes temporelles et organisationnelles qui rendent impossible un accès à une formation classique. La formation à distance nous permet d'élargir notre offre et ainsi donner un accès à la formation au plus grand nombre. Cette offre est individualisée et ne cible que très rarement des groupes et s'organise autour des spécificités de chaque individu. Nous n'avons que très rarement recours à la FOAD intégrale, nous ne la préconisons qu'en fonction de contenus adaptés et de la maîtrise de certains prérequis de la part de l'apprenant. Avant de faire « vérité » de l’expérience chez Nissan, n'eût-il pas fallu prendre connaissance des retours d'expérience des organismes représentés dans le réseau FORMAVIA, prescripteurs et maître d'œuvre en matière de FOAD

 

 

* En 1999, 60% des collèges canadiens offraient au moins un cours à distance, selon le rapport présenté au Asia-Pacific Economic. Cooperation Education Forum Project. Dans le context du projet international sur Cross-cultural Comparison on Open Learning Systems in APEC’s Member Economies.

En Finlande l’option cours à distance est ouverte à toute personne qui souhaite suivre les cours du Lycée. Le gouvernement Finlandais a lancé une stratégie couvrant les années 2000-2004 où chaque établissement devra avoir intégré la stratégie relative aux technologies de l’information et de la communication (TIC) dans son propre cursus. (Kivi, R. (2000), « Nouvelles technologies et enseignement en Finlande », PEB Échanges, Programme pour la construction et l'équipement de l'éducation, 2000/12, Éditions OCDE)

 

 

 

Khalid HALLOUL,

Responsable secteur TIC & FOAD, IFRA

Hervé YVRARD

Chef de projet FOAD, Greta Nord Isère

khalid halloul le 9 Mars 2011

Bonjour,

Merci pour cette réaction. Le titre de cet article était volontairement provocateur comme le suivant : Kulture numérique avec un grand K. A la lecture de votre réaction, il me semble qu'il manque un troisième volet de cette série qui dépasse la FOAD et la culture numérique. Et de mettre en ordre les causes des conséquences. Faut il penser les enjeux de la formation et de la transformation de ses modèles ? Cela dépasse les sujets précédement cités. Qu'en pensez vous ?

A très bientôt donc

 

François Duport le 14 Mars 2011

SI LA FOAD EST MORTE, C’EST BIEN LE MANQUE D’IMAGINATION QUI L’A TUE !

 

Nous apprenons donc dans le titre de l’article, que la FOAD est morte ! Nous plongeons dans l’article pour connaître les causes de sa mort. Une overdose de pratiques peut-être ? Non. Dès le premier chapitre, nous apprenons que la FOAD ne se généralise pas. Son coût est important à cause de l’investissement que cela nécessite. Si ce constat était vrai il y a quelques années en arrière. Il l’est moins aujourd’hui. Non pas que le coût de la FOAD a été divisé par dix, mais il existe aujourd’hui des solutions alternatives en matière de LMS, de logiciels auteurs en open source, qui permettent la réalisation de modules de formation très corrects. Après, c’est la compétence pédagogique, c’est l’originalité dans la scénarisation et dans la médiatisation qui font la différence. Question d’imagination !

 

Si la FOAD ne décolle pas comme on aurait pu l’espérer, c’est par ignorance et pour cause de conservatisme. L’ignorance des décideurs, responsables d’OF ou financeurs qui au mieux ont une représentation erronée de ce dispositif, et dans le pire des cas ne savent pas du tout à quoi cela ressemble. Or pour réussir l’intégration de la FOAD dans les pratiques de formation, c’est l’ensemble de l’organigramme qui doit être mobilisé.

 

Un dispositif de FOAD implique forcément des changements à plusieurs niveaux. Sur le plan de l’ingénierie pédagogique et sur le plan organisationnel. On ne produit pas des modules pour la formation à distance comme ceux destinés à la formation en présentiel. Cela suppose un mode de scénarisation précis, une médiatisation adaptée, et une pédagogie au service d’objectifs à atteindre. Sur le plan organisationnel, un dispositif de FOAD exige une planification particulière qui doit prendre en compte le flux des apprenants. On n’est plus dans le scénario d’un formateur en face de x stagiaires, mais d’un tuteur qui accompagne des apprenants dans des situations synchrones ou asynchrones, sur des lieux différents.

 

Après la lecture de l’article, nous avons regardé la vidéo présentant l’expérience E-Learning faite chez Nissan. Nous attendions de cette vidéo un diagnostic objectif qui explique la mort de la Foad. Nous sommes restés sur notre faim. Non pas que le témoignage de cette personne soit dénué de tout intérêt, mais parce qu’il se cantonne à une seule expérience, dans un scénario du tout distanciel. Or il existe au moins un autre modèle de FOAD. Le modèle hybride, qui mixe le temps de présentiel et le temps à distance, avec un système de tutorat adapté au public et une méthode pédagogique qui repose sur un paradigme permettant des apprentissages individuels et collectifs. Si le modèle E-Learning appliqué à Nissan est mort, cela ne signifie pas pour autant la mort de la FOAD de manière générale. Que la FOAD soit amenée à évoluer et à changer, c’est une évidence, car ce constat s’applique également à la formation en présentiel.

 

En bref, la FOAD n’est pas un dispositif miracle. C’est une modalité de formation qui a sa place dans un ensemble plus large. Elle peut être pertinente et efficace pour certains profils d’apprenants.

Je terminerai par quelques questions, pourquoi la FOAD fonctionne mieux dans d’autres pays comme le Canada ou en Finlande* ? Pour des raisons liées au climat ? Pour des raisons liées à la configuration géographique ? Ou alors pour une question de culture ?

 

Sur la forme, l’objectif de l’article « la FOAD est morte » nous échappe !

Nos organismes de formation, participent très activement au réseau FORMAVIA, notamment dans la communauté ODIDE. Nous travaillons sur  la promotion de la FOAD et ce depuis plus de trois ans. Même si les retombées directes ne sont que très peu visibles, nos travaux ont sensibilisés nos collaborateurs et nous ont permis de mettre au jour des projets intégrant des parcours de FOAD dans nos offres de formation. La dynamique est lancée. C'est dans ce contexte qu'un éminent acteur du réseau annonce la mort de la FOAD dans une rhétorique qui laisse à penser que son auteur ne connait pas les pratiques de nos OF en la matière. Bref, il dénigre ce qui est l'essence même de l'existence d'ODIDE, sans jamais avoir pris la mesure de ce qui se passait au sein des organismes, membres de FORMAVIA. Il a préféré relayer les propos d'un responsable d'une grande entreprise dont les pratiques semblent bien éloignée des nôtres. Une telle communication à contre courant ne peut que réactiver la frilosité de nos OF à intégrer de la FOAD dans ses parcours de formation. Ce revirement de position pourrait même remettre en question notre participation à cette communauté de pratique. La FOAD n'est pas une modalité supplémentaire dans l'air du temps, mais une possibilité offerte aux usagers d'accéder à la formation, puisqu'elle prend en compte les contraintes temporelles et organisationnelles qui rendent impossible un accès à une formation classique. La formation à distance nous permet d'élargir notre offre et ainsi donner un accès à la formation au plus grand nombre. Cette offre est individualisée et ne cible que très rarement des groupes et s'organise autour des spécificités de chaque individu. Nous n'avons que très rarement recours à la FOAD intégrale, nous ne la préconisons qu'en fonction de contenus adaptés et de la maîtrise de certains prérequis de la part de l'apprenant. Avant de faire « vérité » de l’expérience chez Nissan, n'eût-il pas fallu prendre connaissance des retours d'expérience des organismes représentés dans le réseau FORMAVIA, prescripteurs et maître d'œuvre en matière de FOAD

 

 

* En 1999, 60% des collèges canadiens offraient au moins un cours à distance, selon le rapport présenté au Asia-Pacific Economic. Cooperation Education Forum Project. Dans le context du projet international sur Cross-cultural Comparison on Open Learning Systems in APEC’s Member Economies.

En Finlande l’option cours à distance est ouverte à toute personne qui souhaite suivre les cours du Lycée. Le gouvernement Finlandais a lancé une stratégie couvrant les années 2000-2004 où chaque établissement devra avoir intégré la stratégie relative aux technologies de l’information et de la communication (TIC) dans son propre cursus. (Kivi, R. (2000), « Nouvelles technologies et enseignement en Finlande », PEB Échanges, Programme pour la construction et l'équipement de l'éducation, 2000/12, Éditions OCDE)

 

 

 

Khalid HALLOUL,

Responsable secteur TIC & FOAD, IFRA

Hervé YVRARD

Chef de projet FOAD, Greta Nord Isère

khalid halloul le 11 Avril 2011